e-réputation, la fin d’un buzzword?

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La montée en puissance des technos Web 2.0 s’est traduite par une adoption massive des réseaux sociaux par les consommateurs. Avec en tête de ligne Facebook, les plateformes sociales permettent à leurs utilisateurs d’entrer et de rester en contact avec d’autres utilisateurs, ainsi que de communiquer en temps réel, à plusieurs, et de partager tout type de contenu numérique. Cet exode numérique massif qu’a provoqué le Web 2.0 a eu une forte répercussion sur nos habitudes psycho-sociales : en colonisant le Web, nous nous sommes rendus compte que celui-ci nous renvoyait une image préconstruite de nous-mêmes, en accumulant des bouts d’informations publiques à notre égard. Très souvent, rien d’alarmant, comme un vieux profil Myspace inoffensif (quoique moche) ou un site d’anciens élèves qui cite notre nom. Cependant, il arrive pour quelques personnes que les informations qui circulent à leur égard sur le Web ne soient pas très reluisantes : Photos intimes « volées », procédures judiciaires, insultes et attaques de toutes sortes, commentaire déplacé et/ou apparaissant sur des sites borderline, il est apparu que le Web avait le don de faire ré-émerger les secrets les mieux gardés.

D’où l’explosion du terme e-réputation, pour désigner un phénomène identitaire dans lequel tout le monde se retrouve : que voient les gens quand ils tapent mon nom dans Google ? Que se passe-t-il si un ami décide de publier publiquement des photos de soirée ? Comment puis-je me défaire de cette concurrence qui ne finit pas de me dénigrer derrière des faux pseudonymes sur des sites de partage ? Vu que Google est devenu le premier réflexe pour chercher une information, et que tout le monde a commencé à le faire, l’e-réputation est devenu un nouveau sujet de premier ordre dans l’esprit des internautes.

Plus que cela, l’e-réputation est également devenu le terme traqué par les journalistes, qui pendant la montée en puissance des réseaux sociaux, couraient derrière les scoops de « problèmes d’e-réputation » que provoquaient les sites comme Facebook qui rendaient publiques les informations de leurs utilisateurs à l’insu d’utilisateurs peu aguerris avec les outils du Web : perte d’emploi, vol d’identité, moquerie et dépression, l’e-réputation est soudainement devenue l’un de nos acquis les plus précieux et fragiles.

Le marché de la protection de l’e-réputation s’est envolé: toutes les variétés professionnels – des avocats promettant des procès pour faire supprimer vos liens indésirables aux référenceurs naturels promettant de les noyer en passant par les agences RP en quête de reconversion – se sont improvisées en agence d’e-réputation pour tâter le marché et peut-être s’y positionner confortablement. Les consommateurs, eux, encore ignorants de l’existence de tels services, suivaient les bons conseils des médias, dont les journalistes opéraient un travail de fond constant pour faire découvrir à leurs audiences les acteurs de ce nouveau marché.

A chaque fois qu’un nouveau scandale éclatait, la répercussion de ce scandale sur Internet étonnait de par sa nouveauté, sa force de propagation, ainsi que ses traces numériques indélébiles. Les journalistes étaient toujours à la recherche de spécialistes qui pouvaient expliquer ces phénomènes et conseiller sur la manière de se prémunir de tels risques pour tout un chacun. Tout cela n’était pas nouveau, mais c’était bien la première fois qu’une forte partie de la population pouvait se sentir concernée par ces problèmes d’un autre genre.

Avance rapide à 2011 : Le phénomène Facebook est passé, tout le monde s’est déjà « googlisé » au moins une fois, tout le monde a été sensibilisé aux paramètres de vie privée qu’il faut verrouiller, tout le monde a déjà fait la blague « j’vais la poser sur Facebook » après avoir pris une photo rigolote… En d’autres termes, ça y est, tout le monde a compris les mécanismes de base de l’e-réputation, les médias peuvent donc commencer à s’intéresser à de nouveaux scoops plus frais. Cela signifie-t-il également que c’est la fin de toutes ces entreprises qui ont fleuri ou grandi sous l’effet du buzz ?

Absolument pas, et bien au contraire : Aujourd’hui, si le buzz est voué à prendre un peu de repos bien mérité, c’est qu’il a réellement fait son travail d’instaurer l’ « e-réputation » comme une discipline professionnelle qui répond à un réel besoin : toutes les entreprises ont besoin aujourd’hui de se protéger contre les attaques d’image ; tout individu a également besoin d’intervenir si son image est publiquement bafouée sur le Web. L’e-réputation concerne tout le monde, et si le terme « e-réputation » commence à perdre de son buzz, cela ne signifie pas que celui-ci va disparaître : cela signifie plutôt qu’il a été totalement intégré dans le langage courant.

Google rachètera-t-il Seesmic?

Google rachat Seesmic

Google rachat Seesmic

Le rachat de Tweetdeck par Twitter au début du mois a dérangé quelques esprits car Tweetdeck ne permet pas juste de publier sur Twitter, mais également sur Google Buzz, LinkedIn et surtout sur Facebook. Que l’on savait, Twitter était focalisé sur le développement de sa propre plateforme, mais n’envisionnait pas de s’étendre sur d’autres plateformes. Ce que l’on comprend, c’est que le rachat de Tweetdeck fût une riposte défensive à la tentative de putsch par Ubermedia. Il y a fort à parier que Twitter n’a aucun plan d’intégration pour Tweetdeck à l’heure actuelle.

Une défense qui offense

Le hic, c’est que cet acte défensif peut être interprété comme un acte offensif par la concurrence: Après avoir installé ses pions dans l’écosystème des applications Twitter, l’entreprise de microblogging chercher-t-elle maintenant à acquérir les utilisateurs des autres plateformes via l’acquisition d’applications multi-plateformes? La question se pose, car si tel est le cas, on devrait commencer à voir Facebook et Google pointer le bout de leurs porte-monnaies. Et si Facebook a un pas d’avance dans le jeu du Web social, Google a besoin de jus pour récupérer son retard. Sans le savoir, Twitter a-t-il déclaré une guerre?

Tweetdeck vs Seesmic

Lorsqu’un blogueur explique à ses lecteurs comment gérer son activité sur les réseaux sociaux, Tweetdeck et Seesmic sont les applications les plus fréquemment citées (une recherche Google « tweetdeck vs seesmic » comptabilise plusieurs dizaines de milliers de résultats). Hootsuite se positionne également aux côtés de ces deux applications en termes de fonctionnalités, mais le service complet est payant, ce qui l’isole un peu de la compétition actuelle. Tweetdeck et Seesmic sont nés peu de temps après la plateforme Twitter elle-même: L’application Seesmic a vu le jour sous le nom Thwirl en novembre 2007, et fût rachetée par Loïc Le Meur en avril 2008 pour reprendre le nom que on lui connaît aujourd’hui. Tweetdeck a été fondé le 4 Juillet 2008, et a très vite gagné en power users grâce à sa formule mutli-comptes, multi-onglets et multi-plateformes. Depuis, grâce à l’explosion de Twitter à travers le monde, ces deux applications se sont très bien positionnées dans l’écosystèmes des applications Twitter.

Le nouveau pouvoir des applications multi-plateformes

Tweetdeck possède probablement quelques millions d’utilisateurs, mais l’application possède surtout une bonne ribambelle de power users, ces 20% d’utilisateurs qui génèrent 80% du contenu. La perte de cette population fût manifestement ressentie comme une telle menace côté Twitter que 50 millions de dollars fûrent sortis de la banque pour calmer ce potentiel feu de forêt. Comme il a été mentionné plus haut, les power users n’investissent pas ces applications pour leurs designs épurés, ou les courbes gracieuses de leurs onglets, mais surtout pour leur robuste intégration de plusieurs flux d’activités – originaires de plusieurs comptes et de plusieurs plateformes – au sein de la même interface. Au final, cela tombe sous le sens: Un power user, de par la nature de son activité (hyperactive) a tout intérêt à se positionner à la croisée des plateformes sociales pour optimiser la diffusion de son contenu. Ainsi, même si Facebook et Twitter sont aujourd’hui les grands canaux de circulation de l’information en ligne, ils contrôlent peu les applications qui créent le contenu qui y circule. A priori, cela n’avait pas l’air de gêner ces grands acteurs qui se satisfaisaient simplement du contenu que ces applications insufflaient dans leurs plateformes. Mais, sans le savoir, Twitter aurait-il lançait une guerre d’acquisition d’applications multi-plateformes?

Un marché sur-évalué?

Si Twitter a évalué qu’il fallait 50 millions de dollars pour étouffer la menace Ubermedia, l’entreprise a également – accidentellement? – donné un élan de surévaluation aux applications sociales multi-plateformes. Si Seesmic est le concurrent direct de Tweetdeck, la startup au logo de tête de raccoon est-elle aussi évaluée aujourd’hui à 50 millions minimum? Il y a fort à parier que oui, car il n’y a pas 50 applications équivalentes à Tweetdeck et Seesmic. Et en termes d’image, il faut reconnaître que l’équipe de Loïc Le Meur fait un excellent travail pour rester dans le top of mind des consommateurs d’applications multi-plateformes. De plus, une vague de rachats a fortes surévaluations, ceci s’est déjà vu plus d’une fois dans le marché du Web. Par exemple, en avril 2007, Google a racheté DoubleClick pour 3,1 milliards de dollars, un achat extrêmement stratégique pour le positionnement à long-terme de l’entreprise. Quinze jours plus tard, Yahoo rachetait 680 millions de dollars les 80% de parts restantes dans RightMedia, concurrent de Doubleclick dans lequel Yahoo possédait intialement 20% des parts. Et encore 15 jours plus tard, Microsoft rachetait aQantive pour 6 milliards de dollars! De toute évidence, l’achat de Google sur un marché aussi stratégique, et à un prix aussi surévalué, a entraîné une vague de rachat défensif, et ceci à n’importe quel prix!

La menace d’une application multi-plateforme

Tweetdeck fût le premier exemple d’une application tierce qui prend tellement d’importance que la maison-mère la rachète pour la protéger en son sein. Ceci démontre que si une application tierce se retrouve entre les mains des mauvaises personnes, ie la concurrence, alors cela peut mettre en danger la plateforme prise pour cible. Maintenant, si Twitter se sent menacé quand Tweetdeck est entre les mains d’Ubermedia, cela donne-t-il également le droit à Facebook de se sentir menacé si son concurrent (Twitter) possède entre ses mains une application Facebook? Peut-être… Maintenant, qu’en pense Google: Si Google faisait l’acquisition de Seesmic, cela pourrait fortement embêté Facebook qui se retrouverait avec deux concurrents à la tête de deux applications qui génèrent un fort flux d’activité vers Facebook. Ainsi, en laissant Seesmic voler à l’air libre, Facebook risque de voir Google se l’accaparer, et peut-être même aussi l’instrumentaliser pour alimenter la guerre Facebook-Google qui se déroule depuis un moment déjà. A combien s’évalue ce risque du côté de Facebook? 50 millions de dollars? Plus? si on formule l’hypothèse que Google est là pour contre-bidder dans ce genre de situations, on peut se permettre de le penser.

Seesmic disponible au plus offrant

Peut-être je me trompe sur ce sujet-là, mais il y a fort à parier que si Seesmic se retrouvait au centre d’une telle guerre d’acquisitions, son président Loïc Le Meur vendrait au plus offrant. L’homme au passé d’entrepreneur a passé sa vie à racheter, relancer, et revendre des entreprises. Seesmic avait démarré comme un service vidéo pour chatter comme on tweet. Le concept n’a pas du tout décollé, mais Loïc Le Meur, possédant un bon flair et un sens aigu des affaires, a su se retourner en faisant l’acquisition (30 000 dollars si mes souvenirs sont bons) de Thwirl. Après la vente de Rapidsite, B2L et Typepad, les pronostics penchent clairement en faveur d’une vente pour Seesmic.