Faux comptes Twitter et infowar

Date : 2011/12/12 In - Twitter - Tags :
fake id

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Les chiffres d’utilisation de la plateforme Twitter sont atypiques: une large majorité des comptes y sont inutilisés et le réseau est une aire de jeu pour spammers de tout bord depuis sa création. Cependant, cela n’affecte pas sa popularité croissante: son système de relations sociales asymétrique permet aux utilisateurs d’ignorer les spammers, simplement en décidant de ne pas les suivre. Quel est donc l’intérêt de créer des faux comptes pour spammer la twittosphère si personne ne suit ces comptes sans intérêt? Doit-on en conclure que les faux comptes Twitter n’ont aucune influence sur la plateforme? Certainement pas!

Nous en avons un exemple de taille aujourd’hui sur le créneau des politiques en France. Sous la pression de moderniser leurs communications, nombre de personnalités politiques se retrouvent dans l’urgence de populariser leur compte Twitter. La plupart du temps gérée par des agences internes aux partis, qui prennent parfois des allures d’agence black ops, la popularité de ces comptes va jouer un rôle de taille dans l’impact d’un politicien sur l’opinion publique.

Voici trois paramètres de taille que des faux comptes Twitter peuvent grandement influencer:
1. Les compteurs de followers
2. Les scores de popularité sur des services tels que Klout
3. Les scores de sondage type Twittoscope (la plus grosse blague de « datajournalism » orchestrée par la presse)

1. Les compteurs de followers

L’un des plus grands facteurs de succès de Twitter, c’est le compteur de followers qui permet à tout un chacun de voir croître sa popularité au fil des jours. S’en est même devenu un indice de référence pour apprécier la popularité d’une personne sur la toile en général. Aujourd’hui, les politiciens doivent entretenir un profil sur Twitter pour rester dans le coup. Une course aux followers s’est donc lancée pour reconnaître de facto qui intéressait le plus les twittos. Si le compteur est bas, cela donne un indice sur la personnalité du détenteur du compte.

Créer une ribambelle de faux comptes est une opération rentable car cela permet de gonfler les compteurs de followers, et par extension d’améliorer l’image des politiciens détenteurs de ces comptes. Il faut cependant considérer qu’une telle manoeuvre peut être facilement repérable si mal-orchestrée.

2. Les scores de popularité dés services tels que Klout

Toute personne quelque peu habile avec la plateforme Twitter sait que le compteur de followers ne veut pas forcément dire grand chose, et qu’il existe des systèmes plus développés pour apprécier l’influence d’un twittos sur son environnement. Klout est l’un de ces systèmes. Celui-ci prend en compte plusieurs paramètres autres que le nombre de followers pour déterminer l’influence « réelle » d’un twittos. L’un des paramètres de calcul de cette influence est le nombre de retweets dont un twittos bénéficie.

Créer une ribambelle de faux comptes Twitter est une opération rentable car cela permet également d’accroître son score d’influence, et venant de services tels que Klout qui sont aujourd’hui les références pour mesurer l’influence des twittos.

3. Les scores de sondages type Twittoscope

Et puis il y a les outils d’analyses statistiques qui profitent de l’API ouverte de Twitter pour sonder les tweets de l’ensemble d’une population donnée, et mesurer la popularité de certains sujets (ainsi que le sentiment lié à ces sujets). Il faut comprendre qu’à ce niveau-là du jeu, les chiffres des sondages sont facilement repris par la presse, si ce n’est pas automatiquement (comme le Twittoscope, partenariat entre Ipsos, TF1 et Métro). L’enjeu prend ici une autre allure: il ne s’agit plus de convaincre un twittos avec un score Klout, mais de convaincre toute l’opinion publique.

Le gros problème des instituts de sondage qui jouent le jeu du Social Media, c’est qu’ils ne connaissent rien au hacking du Social Media. Par exemple, l’outil d’analyse des tweets d’un institut de sondage ne sait pas discriminer un vrai compte d’un faux.

Créer une ribambelle de faux comptes Twitter est une opération très rentable car cela permet de tromper les résultats des études statistiques sur la popularité dés politiciens dans la twittosphère (exemple).

En ces périodes de guerre électorale, tous les moyens sont bons pour influencer les chiffres et les opinions. C’est alors aux consommateurs de ces contenus (nous, les journalistes, les instituts de sondage) de savoir faire la part des choses, et de pouvoir déceler toute tentative de manipulation de l’opinion publique. Des études comme celle du Twittoscope ne font que servir la soupe, en se désintéressant complètement de l’autorité des comptes sondés. Cette manipulation n’est pas bénigne car ce sont des millions de lecteurs qui lisent les résultats du Twittoscope dans le journal Métro.

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