Locataires, indignez-vous!

Ces dernières semaines, des cas répétés d’expulsion en période de trêve hivernale de logements n’atteignant pas les 9m2 ont provoqué des réactions d’indignation dans l’opinion publique. Sans parler que les loyers des victimes étaient exorbitants. Face à ce malaise social, le pouvoir politique a répondu en assurant que des solutions allaient être déployées pour tacler le problème.

Seulement, comment faire pour détecter les cas d’abus et y répondre? A priori, aucun outil n’a été développé par le gouvernement pour repérer les locations abusives. La ministre du logement Najat Vallaud-Belkacem a elle-même déclaré au micro de RTL qu’il faut « renforcer le contrôle des pratiques illégales des propriétaires, parce qu’aujourd’hui on les apprend trop tard ». Si certains locataires ne souhaitent pas dénoncer la précarité de leur logement, nous sommes très nombreux en France à nous plaindre de vive voix sur l’état du logement que nous louons. Malheureusement, nos plaintes ne rencontrent que trop peu d’écho.

Et pourtant combien sommes-nous à louer un bien immobilier qui ne respecte pas les normes, la loi, et la dignité humaine de manière générale? Personnellement, j’ai trop rarement vécu dans un appartement sans reproche. Par contre, j’ai été trop souvent locataire d’un bien immobilier qui possédait une ou plusieurs anomalies majeures. C’est pour répondre à ce besoin de dénonciation d’une situation indignante que le site Immobileaks a été créé. Immobileaks permet de laisser un commentaire sur n’importe quel bien immobilier. L’objectif d’Immobileaks est de fournir une plateforme d’expression et de détection des abus locatifs.

Immobileaks est né d’un mal que les propriétaires ont eux-mêmes perpétué sur le marché de l’immobilier, en préférant l’avarie à la dignité de leur prochain. Les propriétaires loueurs de leurs biens ont une énorme responsabilité sociétale, et avec Immobileaks, il leur sera de moins en moins possible d’y échapper.

Aaron Swartz se suicide après avoir été persécuté par la justice américaine

Ce weekend, la communauté technophile s’est endeuillie à l’annonce du suicide d’Aaron Swartz. Tout juste âgé de 26 ans, l’activiste pour la défense du libre échange sur le web se retrouvait depuis plus d’un an dans un imbroglio judiciaire suite au téléchargement massif et illégal de documents payants appartenant à la ressource académique américaine JSTOR. Son procès s’était transformé en démonstration de force de la part de la justice américaine qui exigeait des dommages et intérêts pharaoniques pour donner l’exemple et décourager la communauté de téléchargeurs.

Aaron Swartz, c’est d’abord l’histoire d’un développeur bourré de talents: A 14 ans, il contribue aux spécifications du format RSS 1.0. Il fut le propriétaire du premier blog parlant de Google. Il faisait partie de l’équipe fondatrice qui a vendu Reddit à Condé Nast. Depuis, il travaillait sur plusieurs projets et avait cofondé le mouvement activiste de libre échange des données sur le web Demandprogress.org.

Depuis juillet 2011, Aaron Swartz était dans un procès pour téléchargement illégal (et massif) de fichiers payants, et risquait 1 million d’amende et 35 ans de prison. Ce téléchargement massif concernait au fait des documents académiques accessibles en mode payant depuis la base de données américaine JSTOR. Aaron Swartz n’a pas téléchargé ce contenu pour le revendre, mais pour ses recherches. La tâche consistait à récolter des données pour y appliquer des calculs statistiques comme il l’avait déjà fait en 2008 lorsqu’il a publié sa recherche Who Writes Wikipedia? Pour cracker la base de données de JSTOR, Aaron Swartz s’était introduit dans la salle des serveurs du MIT (où il est chercheur) et y avait branché un ordinateur qui procédait automatiquement à la récolte des données JSTOR. Identifié sur les caméras de vidéosurveillance, il a été poursuivi par la justice américaine, sans pour autant que JSTOR ou MIT ne porte plainte.

En septembre 2012, une peine de $1 million et 35 ans de prison était requise par le plaintif devant le juge.

Le 12 janvier 2013, Aaron Swartz a été retrouvé pendu chez lui.

Ce que la communauté technophile pense mais ne dit pas, c’est que c’est bel et bien les moyens de pression de la justice américaine qui ont poussé Aaron Swartz au bord du précipice. Comment un homme toujours impliqué dans des projets constructifs, qui était l’un des jeunes chercheurs les plus talentueux de son pays, s’est retrouvé face à une peine de prison dépassant tout bon sens? Face au piratage en ligne, les puissances économiques et politiques sont impuissantes, mais cela ne justifie en aucun cas ce genre de dérives et la perte de vies humaines.

Lorsqu’Aaron Swartz a commencé à avoir des démêles avec la justice, je voulais couvrir l’affaire sur lesnews.it afin de donner un peu de visibilité à ce procès en France, et surtout de montrer un soutien international à une personne qui devait se sentir un peu démunie. Aujourd’hui, j’ai des regrets, et je pense que la communauté technophile ne s’est pas assez mobilisée pendant qu’il était encore temps pour exprimer son soutien à Aaron.

En hommage à cette grande personnalité du Web, voici ci-dessous l’interview que j’avais faite avec Aaron en septembre 2007 au sujet d’un de ses projets, Jottit. L’idée de Jottit était de réduire l’outil de création d’un site Web à une simple text box, une idée inspirée de la montée en force de Twitter qui prouva que beaucoup de gens voulaient s’exprimer en ligne sans effort.

RIP