Disparition non-remarquée d’iGoogle

rip igoogle

Je viens de remarquer un message de service sur iGoogle prévenant ses utilisateurs de l’interruption du service en novembre 2013. Après une rapide recherche sur Google, je me suis rendu compte que l’annonce date de juin 2012, mais vu que, tel le commun des mortels, iGoogle sort complètement de mes centres d’intérêt, ja n’avais pas vu passé la nouvelle.

Cette disparition s’inscrit dans 2 logiques: la première qui veut que Google recentre ses ressources autour de ses produits star et ferme les autres (RIP Google Reader). La deuxième selon laquelle les interfaces customisables à la Netvibes n’auront jamais vraiment percé.

Google ne veut plus être un fourre-tout

En évaluant les investissements colossaux en termes de temps et de stratégie pour faire de Google+ la star ascendante des réseaux sociaux, Google a compris qu’il fallait mieux canaliser ses forces de développement et se défaire des produits qui ne constituent pas un enjeu stratégique majeur. Certains de leurs choix, comme l’abandon des produits centrés autour du format RSS sont questionnables, mais d’autres tels que iGoogle sont complètement compréhensibles.

Lancé en mai 2005 (quelques mois avant Netvibes), iGoogle n’a jamais vraiment percé dans la mouvance 2.0. Alors que Google voulait que tous ses utilisateurs en fassent la page d’accueil de leurs navigateurs, la firme de Mountain View n’a jamais osé mettre iGoogle en page d’accueil de Google.com, ni en accueil de n’importe lequel de ses produits. iGoogle vivait donc en marge des produits Google, et aucune modification majeure n’a jamais été vraiment constatée (à part une refonte en 2008). Bref, iGoogle n’a jamais été que l’un des multiples reflets de la volonté de Google de truster le buzz, aussi volatile soit-il…

Dashboards personnalisables et puis s’en vont

Certes, dès 2005, le dashboard personnalisable a connu un bel essor. Netvibes s’est posé comme l’un des précurseurs dans cette arène avec sa vaste sélection de modules. À cette époque, les curateurs y trouvent leur compte: Netvibes semble être le parfait tableau de bord pour maîtriser un volume plus élevé d’information (Netvibes a été lancé un mois avant Google Reader). Ses modules sont paramétrables et modulables, et ses onglets permettent de créer plusieurs espaces de veille thématisés (je ne suis pas certain que les onglets étaient là dès le lancement du service).

En 2005, un autre service similaire avait fait son apparition: Pageflakes. Les utilisateurs pouvaient créer des onglets publiques et animer ce qu’ils appelaient des Pagecasts. Le concept du dashboard personnalisable était poussé à son paroxysme. Pageflakes a tenu 7 ans avant d’éteindre définitivement son site en 2012.

Cependant, aucun de ces outils n’aura survécu à la vague 2.0, Netvibes étant de son côté en train de s’éteindre paisiblement dans les bras du groupe Dassault Systèmes. Peut-être que ces outils auraient du copier les onglets de Tweetdeck, Hootsuite, ou intégrer Skype, ou jouer le jeu de Digg, Reddit… Rien de tel n’a été entrepris.

Donc RIP iGoogle et les dashboards personnalisables. Si certains ont des regrets, il reste encore Netvibes, même si je doute que le produit va continuer de beaucoup évoluer. Et bizarrement (ou pas), alors que plus rien ne pourrait laisser croire que les dashboards personalisables pouvaient intéresser qui que ce soit, Yahoo lance My Yahoo pour se récupérer la demi-douzaine d’utilisateurs qui y croient encore (bien joué Marissa Mayer).

Mort de Google Reader, renaissance du lecteur RSS

google reader end

On savait tous que ça allait arriver un jour, mais la nouvelle fit quand même mal: début juillet 2013, Google va fermer Google Reader pour de bon! Pour contextualiser, Google Reader est le meilleur lecteur de flux RSS sur le marché actuellement, et des dizaines de clients existent pour lire ses flux sur des interfaces améliorées. Pourquoi Google Reader ferme-t-il ses portes et quelles sont les alternatives à la hauteur du défunt service?

La fin du RSS

Depuis longtemps, il était clair que Google ne prêtait plus beaucoup attention aux flux RSS: la dernière mise à jour de Google Reader remonte à plusieurs années, Chrome ne lisait pas les flux RSS, et Feedburner n’a également connu aucune amélioration majeure depuis son rachat par Google en 2006 (le programme Adsense for feeds a été interrompu il y a 6 mois).

Le format RSS nécessite un minimum de connaissances techniques pour être utilisé à bon escient, et c’est probablement sur ce point que les internautes ont butté.

Et pourtant, il y a dix ans, alors que les blogs explosèrent sur la toile, le format RSS restait le meilleur moyen pour suivre des blogs en quantité. Le flux RSS a permis à des sites tels que TechCrunch d’afficher son succès grandissant: les compteurs d’abonnés Feedburner étaient l’indicateur le plus fiable pour évaluer la popularité réelle d’un blog.

Google+

Malheureusement, en cours de route, les réseaux sociaux ont explosé, avec des paradigmes de diffusion de l’information plus évolués et plus social. Dans cette course, Google a pris une claque par Facebook qui s’est hissé au rang de compétiteur pour la domination du web. Pris de vitesse, Google a tout essayé: Friendconnect, Buzz, Wave, pour finalement établir Google+ comme le composant social qui serait présent au sein de tous ses produits ou presque.

Mais pour hisser Google+ au rang de Facebook, Google met toutes les chances de son côté, et cela implique faire plancher l’équipe de l’excellent Google Reader sur G+. Google Reader fut à une époque l’un des réseaux sociaux les plus chauds en termes d’actualités: grâce à la défunte fonction « share », les utilisateurs pouvaient se suivre et les curateurs connaissait un certain succès. Une application, Readburner, avait été créée pour repérer tous les sujets les plus partagés sur Google Reader, pour le plus grand bonheur des newscrunchers. Semblable à Digg au niveau du design, Readburner livrait une citation de l’information aussi quali que Techmeme. Readburner a été racheté et fermé par les propriétaires de ReadWriteWeb (aujourd’hui ReadWrite), et la fonction share a été désactivée il y a presque 2 ans pour être remplacée par un bouton +1.

Le choix de remplacer un réseau Google Reader-only par un réseau global Google+ est questionable, mais Google n’a plus le choix, car son modèle de domination est aujourd’hui sévèrement menacé. Google a tué l’un des produits favoris de la communauté technophile internationale, en espérant le remplacer par un produit hybride, à la croisée des inspirations de Twitter et Facebook, un choix qui peut make or brake le succès de la multinationale de demain.

Les alternatives à Google Reader

Et voilà que nous nous retrouvons aujourd’hui des millions d’utilisateurs à errer en quête d’un lecteur de flux RSS qui pourrait égaler l’ergonomie et la puissance de Google Reader. Le défi est de taille sachant que Google n’est lui-même jamais parvenu à monétiser son lecteur de flux RSS, ce qui signifie que Google a perdu de l’argent toutes ces années pour nous offrir son Reader gratuitement. Il est aujourd’hui complètement illogique pour un fournisseur de services en ligne d’offrir un service comparable à Google Reader gratuitement: la seule solution qui existe aujourd’hui pour monétiser un lecteur de flux RSS, c’est de faire payer les utilisateurs.

On trouve cependant sur le marché des produits similaires qui peuvent répondre à la plupart de nos besoins.

Feed Demon

Pour les besoins professionnels, Feed Demon est un bon outil. Développé par l’équipe de Newsgator, Feed Demon est un logiciel qui s’installe sur Windows. Il est possible d’importer un fichier OPML, de classer ses flux dans des dossiers, de les tagger, de faire des recherches dans l’ensemble des flux mis en cache, ainsi que des statistiques sur la consommation des flux par l’utilisateur. Feed Demon propose également une fonctionnalité absente chez Google Reader: un système d’alerte qui tracke et répertorie tous les articles contenant des mots-clé prédéfinis, afin de rajouter une couche d’analyse dans sa veille…

Vu que Feed Demon n’est pas web-based, vos flux ne sont pas hébergés en ligne et donc pas accessibles depuis n’importe quel appareil. Il n’existe donc pas d’accès internet à vos flux, ni d’application mobile pour lire ses flux dans le métro… C’est là la grosse faiblesse de Feed Demon qui ne peut tourner que sur une seule machine.

Cependant, pour se consoler de ce shortcoming, il existe quelques fonctionnalités de partage des contenus facilement détournables, donc avec un peu d’imagination, Feed Demon se trouve être un outil sympa à manipuler.

Feed Demon existe en freemium, avec une version gratuite qui couvre la majorité des fonctionnalités nécessaires à une bonne veille.

Feedly

À l’heure actuelle, Feedly n’est ni plus ni moins un client Google Reader. Cela signifie que le jour où Google Reader fermera ses portes, Feedly n’aura plus de serveurs dans lesquels aller chercher vos flux, et rien ne garantit aujourd’hui que l’équipe de Feedly va développer à temps toute la solution back-end pour remplacer Google Reader, bien qu’elle s’est engagée à le faire en temps et en heure.

The Old Reader

Voilà une bonne alternative à Google Reader. The Old Reader est un lecteur de flux RSS basé en ligne très similaire à Google Reader en termes de fonctionnalités et d’ergonomie. Il permet l’upload d’OPML, le rangement par dossier, et surprenante surprise, un réseau social interne existe pour que les utilisateurs puissent partager entre eux les contenus qui les intéressent.

Cependant, le service ne s’attendait probablement pas à la fermeture annoncée de Google Reader et donc à l’afflux de nouveaux utilisateurs, car cela fait plusieurs jours que mon upload d’OPML est bloqué. Je suis en file d’attente avec 2121 utilisateurs devant moi qui attendent l’import de leur OPML.

Netvibes

Netvibes est indéniablement l’un des grands acteurs historique dans l’évolution des flux RSS. Le service permet de s’inscrire à autant de flux qu’on le désire, d’insérer des flux Twitter, de paramétrer des recherches sur un bouquet de flux, avec des options de partage avancées.

N’étant pas un grand fan de Netvibes (je n’accroche pas du tout avec son ergonomie), je ne vais pas trop m’étendre sur le sujet, mais le service est costaud et reliable.

Un nouveau marché du lecteur RSS

500 000 utilisateurs ont fait l’exode de Google Reader à Feedly au 17 mars 2013, un chiffre communiqué par la startup elle-même. Google Reader comptait effectivement des millions d’utilisateurs (aucun chiffre officiel n’a été communiqué, mais l’utilisation de Google Reader est plus que largement répandue chez les communautés technophiles). Cela signifie que les acteurs sur le marché, tels que ceux cités ci-dessus, font aujourd’hui face à la plus grosse opportunité de leur existence: le leader du marché a décidé par lui-même de se retirer, abandonnant ses millions d’utilisateurs à la portée de ses concurrents.

Cependant, quel modèle de monétisation choisir? Si Google Reader a échoué avec une base de plusieurs millions d’utilisateurs et les moyens colossaux de le Google corporation, des acteurs avec moins de ressources et de moyens vont-ils y trouver leur compte? La monétisation des flux avec de la publicité fut un échec pour Adsense for feeds. Les modèles de monétisation en freemium tels que celui de Feed Demon ne garantisse pas des revenus qui peuvent supporter plusieurs millions d’utilisateurs en mode free. Netvibes offre des solutions payantes pour les entreprises mais cela n’a pas permis à la boite de faire décoller ses revenus (Netvibes a été racheté en 2012 par Dassault System pour 20 millions d’euros). TheOldReader est complètement gratuit, ce qui limite énormément son potentiel de développement. Aucun lecteur de flux RSS ne connait aujourd’hui un épanouissement économique marquant. La disparition de Google Reader va-t-elle donc changer la donne sur le marché des lecteurs de flux RSS?

Silentale, un conte qui pourrait faire du bruit

silentale

Il y a quelques mois, Readwriteweb a couvert le lancement de Silentale, un service qui vous permet d’agréger et d’archiver toutes vos conversations en ligne. En plus des fonctionnalités de backup et de recherche universelle, Silentale analyse aussi vos contacts et merge les doublons. Par exemple, si votre collègue de travail se nomme @mimi sur Twitter et midupond sur LinkedIn, Silentale va comprendre qu’il s’agit de la même personne, et va donc merger vos discussions sur Twitter et LinkedIn dans le même fil de conversation. En d’autres termes, nous dispatchons nos conversations en ligne, et Silentale nous les repatche automatiquement.

Agréger l’ensemble de nos discussions numériques sous un même toit est une idée qui a traversé l’esprit de plus d’une personne. Il convient donc de prêter un peu plus d’attention au réel potentiel de croissance de Silentale. Je suis allé m’entretenir avec son PDG, Laurent Fiéral-Pierssens, afin de pousser un peu plus loin la réflexion sur son entreprise.

En termes de confidentialité, il est bien précisé sur le site que ce qui se passe sur Silentale reste sur Silentale. Les connexions d’accès aux différents services de communication (email, Twitter…) se font via OAuth, ce qui nous évite de partager nos identifiants avec Silentale. Techniquement, une fois que toutes nos communications ont pris pour résidence secondaire Silentale, elles sont tout aussi sécurisées que sur Gmail ou Linkedin. Cependant, pour l’utilisateur non-technique, il faut plus qu’un OAuth (terme qu’il ne comprend pas) pour apaiser les peurs liées au partage de données confidentielles en ligne.

Pour illustrer cette problématique, je me permettrai de rapporter des propos que j’ai échangé avec Freddy Mini de Netvibes. Je lui avais demande ce qu’il pensait de PageOnce, le service qui vous donne accès a toutes vos activités financières sur une seule page: facture d’électricité, de téléphone, de carte de crédit, points ciel, compte bancaire… Le PDG de Netvibes applaudissait la réalisation technologique du produit (dont le concept d’utilisation est proche de celui de Netvibes), mais son two-cents était qu’un service nécessitant un partage de confidentialité ne peut provenir que d’une marque forte, en laquelle les utilisateurs ont confiance avant même de tester le service (comme Netvibes ;).

Avec Silentale, il n’est pas question de partage de compte bancaire, mais il est possible que des infos tout aussi sensibles trainent sur un email ou un texto. Ceci démontre effectivement que Silentale fait face a une problématique de marque centrale a son développement…

Silentale a développé un système de permutation qui permet de repérer une même identité derrière différents profils sociaux. Au niveau de la concurrence, plusieurs autres applications apportent leurs solutions au problème, dont Xobni. Xobni est une application pour Outlook qui, tout comme Silentale, identifie les différents profils sociaux de vos interlocuteurs, et vous offrent une vision plus globale sur vos communications. Xobni a 3 millions d’utilisateurs (pour 100 millions d’utilisateurs Outlook), ce qui valide l’existence d’un marché demandeur. Laurent Fieral-Pierssens explique que l’énorme différenciateur entre Xobni et Silentale, c’est que son entreprise héberge ses données dans le cloud, ce qui multiplie exponentiellement le potentiel d’exploitation de ces données. Je me suis donc permis de contacter Matt Brezina, PDG de Xobni, en lui demandant si son entreprise avait préparé sa migration dans le cloud, et il m’a répondu « we haven’t announced yet » (bluff?). Leur première application mobile (pour Blackberry) est en alpha depuis presque un an.

Il se peut effectivement que Xobni n’entre jamais en compétition frontale avec Silentale, mais cet exemple illustre fort bien comment, dans ce marché en particulier, un produit indirectement concurrent représente tout de même une menace directe. C’est presque sûr que Xobni a migré vers le cloud puisque la plupart des spécialistes pouvaient anticiper que Microsoft les bougerait un jour de leur petit Outlook douillé…

Silentale met à disposition des développeurs une interface programmable (API) qui leur permet de développer des applications alimentées par les données de Silentale. Afin de lancer la mécanique, Silentale a développé deux extensions Firefox. Une des applications Firefox permet de reconnaitre vos contacts derrière n’importe quel profil social (LinkedIn, Plaxo, Friendfeed, Facebook, Salesforce…) sur lequel vous naviguez. Une fois le contact identifié, ses données s’affichent dans la sidebar du navigateur, suivi des dernières communications que vous avez eu avec cette personne. Cette extension est un bel exemple du potentiel derrière Silentale.

Une application mobile tourne en alpha sur les iPhone des membres de l’équipe Silentale, mais il n’y a pas de date de lancement officiel. La composante mobile est critique pour Silentale, car c’est celle-ci même qui va permettre d’intercepter et de storer nos sms (et probablement plus).

L’API Silentale est le relais d’échange le plus stratégique de la startup. Comme j’argumentais plus haut, Silentale fait face à une problématique de marque liée au partage de données confidentielles. Une solution à cela consiste à aller chercher des partenariats avec des grands fournisseurs de service déjà bien établi, et offrir d’intégrer Silentale à leurs solutions de communication. Pour garantir la mise en place de partenariats stratégiques, Laurent Fiéral-Pierssens a mis sur pied une équipe d’experts qui ont tous occupés des rôles directionnels au sein d’entreprises telles que Netscape, AOL ou Yahoo. Une telle stratégie s’inscrit dans la durée, et pour tenir, Silentale va avoir besoin de cash. En termes d’investissements, tout ce que le PDG de Silentale a voulu me confier est que le lancement de Silentale est financé par des business angels européens et nord-américains, et que l’entreprise est à l’œuvre pour organiser une nouvelle levée de fonds.

Il est aujourd’hui impossible de pronostiquer ce que l’avenir réserve pour Silentale. Son succès dépendra de sa flexibilité à répondre aux besoins et aux menaces du marché, aux types de partenariats que la startup réussira à concrétiser, ainsi qu’à la mise en évidence d’une plus-value dans l’écosystème du Web qui ne pourra être attribuable à personne d’autre que Silentale. Par exemple, avec les données hébergés chez Silentale, un commercial pourrait analyser le rôle qu’occupe chaque outil de communication dans son processus de vente. Silentale pourrait mettre en évidence le fait que sur 100 prospects, 65 ont été contactés pour la première fois sur Twitter, et 80 ont donné un accord d’achat via email, mais peut être que ces 60 sur ces 80 ont donné leur accord d’achat via email uniquement après avoir connecté et communiqué via LinkedIn… En storant nos données, Silentale s’offre le potentiel de mieux organiser nos communications, mais aussi de mieux nous faire comprendre les dynamiques interactionnelles en jeu dans nos communications numériques. Indéniablement, beaucoup de personnes paieraient pour ce genre de service.