Mybloglog et la disparition des communautés de blogueurs

mybloglog

À l’époque de l’avènement des blogs, les communautés de blogueurs cartonnaient. Mybloglog était le leader sur le marché. Le site offrait un widget qui permettait d’identifier les autres membres de la communauté qui venaient de visiter son blog, et surtout l’on pouvait soumettre le flux RSS de son blog afin de partager les nouveaux articles automatiquement avec la communauté. Technorati faisait aussi fureur, le site offrait un système de ranking des blogs, et cela permettait pour les professionnels de la comm online d’identifier les blogueurs influents.

En fait, il existait pléthore de communautés de blogueurs, et les rejoindre faisait partie des démarches SEO pour optimiser son blog et sa visibilité. Certains proposaient même de troquer du trafic : Je fais des points en visitant les blogs des autres membres de la communauté, et en échange les autres membres de la communauté visite mon blog à hauteur des points que j’ai accumulés. Certains services proposaient également un widget qui se positionnait à la fin des articles, et qui suggérait des contenus d’autres blogs en échange d’envoyer du trafic vers mon propre blog à hauteur du trafic que je donnais.

Après que Yahoo! ait racheté et tué Mybloglog, il semblerait que la mode des communautés de blogueurs se soit évaporée. Les sites qui se disent communautés de blogueurs aujourd’hui ne sont en fait que des plateformes de publication de billets. Le contenu n’est plus sur notre blog, mais sur la plateforme communautaire. Ainsi, on ne peut plus faire de revenus pubs, et les retombées SEO sont hyper-limitées. Ces sites tentent d’attirer des rédacteurs en leur proposant de mettre en avant leur expertise, ce qui est beaucoup moins intéressant.

Certes les réseaux sociaux ont pris le relais pour relayer les articles de blog sur la toile. Certes un lien publié sur Twitter bénéficiera de plus de (potentiel de) visibilité. Cependant, impossible avec les réseaux sociaux de faire un ranking des meilleurs blogs dans une catégorie donnée. Impossible d’identifier les blogueurs qui partagent les mêmes centres d’intérêts (enfin ça demande des efforts, et on ne sait jamais si on a tout exploré ou non). De plus, avec les réseaux sociaux, la discussion a quitté les espaces de commentaires et s’est éclatée sur la multitude de réseaux sur lesquels les liens sont partagés.

Cette remarque concerne également les sites dits Digg-like (link-sharing) : Où est passée la multitude de sites Digg-like qui animaient autrefois le web ? Reddit subsiste en anglais, mais ne pèse pas grand chose pour le petit blogueur français. Le fondateur de Youtube a racheté Delicious (une autre communauté tuée par Yahoo!) mais n’est pas parvenu à le relancer.

Bien que les évolutions du web de l’information soient satisfaisantes, je ne comprends pas pourquoi il n’existe pas de nouveau Mybloglog, une communauté spécifiquement dédiée au blogging, au partage de contenu, et à la découverte d’autres blogueurs. Pas de business model ? Je suis sûr qu’avec les nouveaux modèles de monétisation, et la forte démocratisation qu’a connu le web ces dernières années, ce genre de sites pourrait faire fureur et ranimer l’envie d’avoir son propre blog.

Que reste-t-il du Web 2.0?

J’ai été formé aux outils du Web 2.0 en 2007 à San Francisco. À cette époque, les choses étaient bien différentes: Twitter ne pesait pas plus de 50 000 utilisateurs. Facebook était encore reservé aux étudiants américains et hyper-fermé (quelle ironie!). Le iPhone devait débarquer d’ici sous peu, Digg brillait de mille feux, et le web 2.0 naissant était fracturé en millions de communautés indépendantes qui dépendaient du RSS et de l’email pour communiquer entre elles. Les top users de Twitter n’étaient pas Justin Bieber ou la dernière star à la mode, mais les leaders de l’avènement du Web 2.0, comme Robert Scoble, Kevin Rose, Loic le Meur… Friendfeed dominait la scène technologiquement. Thwirl était l’application pour PC et Mac par excellence pour gérer ses comptes Twitter et Friendfeed. Seesmic était une système de commentaires par vidéo que l’on retrouvait via Disqus et sur Techcrunch. La Crunchbase de Techcrunch n’était pas cette immense base de données de personnes et d’entreprises spécialisées Web, mais une page contenant des noms de startups. Technorati était le principal pôle d’attraction de la blogosphère… Il était simple comme bonjour de créer des bots Twitter qui cartonnaient, d’artificiellement gonflé les compteurs de vues sur les vidéos YouTube, d’automatiser son digging…

Aujourd’hui, Google a lancé Google+ et s’accroche à devenir un réseau social comme Microsoft s’est accroché à devenir un moteur de recherche avec Bing. Pour générer du trafic, plus besoin de référencement naturel: une page Facebook bien likée et un compte Twitter bien followé peuvent faire l’affaire. D’ailleurs, sur beaucoup de sites maintenant , on peut s’inscrire avec un compte Facebook, un constat de la victoire de Facebook sur OpenID. YouTube a fait peau neuve pour asseoir son indéniable domination sur la vidéo en ligne, Viddler a lamentablement échoué, Revver est un vieux navire laissé à l’abandon, Blip.tv tient sur du vent, Vimeo poursuit sa quête autistique vers la vidéo non-commerciale, Dailymotion est tombé entre les mains de l’État français… Zinga, l’éditeur d’applications Facebook, est devenu une multinationale. Toutes les marques, tous les commerces ont une page Facebook, toutes créées sans aucune connaissance des languages informatiques. Les consommateurs aussi se lâchent, et balancent toute leur vie sur le Web, ce qui mène à une infinitude de nouveaux scénarios de conflits que nous n’avions encore jamais imaginés. Digg n’existe presque plus, mais Reddit a gardé sa communauté et son influence. Twitter a levé plusieurs centaines de millions de dollars, a racheté Tweetdeck, s’est établi sur mobile via développement ou acquisition, est devenu le réseau préféré des stars, a joué un rôle central dans les révolutions arabes, est devenu un indice d’opinion publique pendant les périodes èlectorales… Delicious appartient maintenant aux fondateurs de YouTube après avoir moisi quelques années chez Yahoo. Murdoch a vendu Myspace un dixième du prix qu’il l’a acheté. Foursquare a mis le feu aux poudres de la géoloc, alors que Dodgeball s’était pris un gros rateau quelques années plus tôt.

Ces changements étaient imprévisibles, voir improbables, et pourtant telle est la réalité du marché du Web aujourd’hui. Structurellement, le Web 2.0 s’est centralisé autour des plateformes sociales qui ont su s’adapter aux nouvelles tendances. Myspace illustre bien le fait qu’une grosse boîte avec du buzz et de l’argent peut se planter et mourir. Rien n’est jamais joué sur le marché du Web, un environnement qui s’apparente énormément à un jeu d’Othello: le volume importe peu, tout se joue dans le positionnement stratégique et la gestion du risque.